Caution assignée par la banque : sept moyens de défense à examiner

La société a été liquidée, et la banque se retourne aujourd’hui contre vous. Les sommes réclamées sont souvent sans commune mesure avec vos revenus. Il faut le dire nettement : dans ce contentieux, la caution dispose de moyens de défense sérieux, et la jurisprudence rendue depuis 2024 en a considérablement renforcé plusieurs. Encore faut-il les identifier tous, et surtout les soulever au bon moment — car le calendrier procédural y est aussi décisif que le fond.

Voici les sept moyens à passer en revue dans votre dossier, dans l’ordre de leur efficacité pratique. La date de la signature de votre cautionnement, la date de la fiche patrimoniale et la date de la mise en demeure reçue déterminent en grande partie lesquels sont disponibles.

Maître Joan Dray accompagne les cautions personnes physiques poursuivies par les établissements de crédit à Paris et dans toute la France. Depuis son cabinet situé au 76-78 rue Saint-Lazare, 75009 Paris, Maître Joan Dray analyse votre acte de cautionnement et construit votre défense.

Moyen 1 — La disproportion manifeste : le seul moyen qui libère entièrement

C’est le moyen à examiner en premier, parce que c’est le seul qui puisse vous libérer entièrement de votre engagement. La règle est simple : un créancier professionnel ne peut se prévaloir d’un cautionnement souscrit par une personne physique dont l’engagement était, au jour de sa signature, manifestement disproportionné à ses biens et à ses revenus.

La réforme du 1er janvier 2022 : deux régimes radicalement différents

Si vous avez signé avant le 1er janvier 2022, les textes applicables sont le Code de la consommation (anc. art. L.341-4, devenu L.332-1 et L.343-4). La sanction est totale : la banque perd le droit de se prévaloir du cautionnement. Vous êtes intégralement libéré. La banque peut échapper à la sanction uniquement en prouvant qu’au jour où elle vous appelle, votre patrimoine vous permet de payer. Le moyen ne peut être invoqué qu’en défense (Cass. com., 18 déc. 2024).

Si vous avez signé après le 1er janvier 2022, le texte applicable est l’article 2300 du Code civil. La sanction est uniquement une réduction : le cautionnement est réduit au montant à hauteur duquel vous pouviez vous engager au jour de la signature. L’exception de retour à meilleure fortune a été supprimée. La grande majorité des dossiers actuellement devant les tribunaux concerne des engagements antérieurs à 2022, qui ouvrent droit à la libération totale.

Le créancier professionnel : une notion plus large qu’on ne le croit

⚖ Cass. com., 12 févr. 2025 (n° 23-14.487, F-B) — Association sans but lucratif qualifiée de créancier professionnel

La notion vise celui dont la créance est née dans l’exercice de sa profession ou en rapport direct avec l’une de ses activités professionnelles, même si ce n’est pas la principale. La Cour de cassation a ainsi qualifié de créancier professionnel une association sans but lucratif qui garantissait financièrement les clients d’une agence de voyages. N’écartez pas ce moyen au seul motif que votre créancier n’est pas une banque.

Ce qui entre dans l’assiette : trois précisions récentes défavorables

⚖ Cass. com., 11 déc. 2024 (n° 23-15.744, F-B) — Parts sociales retenues dans l’assiette

Les parts sociales détenues dans la société cautionnée entrent dans l’assiette du patrimoine de la caution, à leur valeur au jour de l’engagement. Cette précision aggrave mécaniquement le patrimoine retenu et réduit les chances d’établir la disproportion.

⚖ Cass. com., 5 nov. 2025 (n° 24-16.389, F-B) — Capital retraite article 83 CGI retenu

Un capital placé sur un fonds de capitalisation retraite relevant de l’article 83 du CGI est retenu dans l’assiette, même s’il n’est disponible qu’à la retraite. L’indisponibilité d’un actif ne l’exclut pas.

C’est la valeur nette du patrimoine qui compte. Une caution qui produit une estimation brute, sans justifier des dettes qui la grèvent, échoue (CA Angers, 10 mars 2026, n° 22/00749). Pour un engagement de 247 650 €, avec 109 000 € de revenus annuels et un patrimoine immobilier net de 3 434 000 €, la disproportion a été écartée.

La fiche patrimoniale : le terrain le plus rentable du dossier

⚖ Cass. com., 13 mars 2024 (n° 22-19.900, F-B) — Fiche postérieure à la signature écartée

La banque a le devoir de s’enquérir de la situation de la caution avant la signature. Une fiche postérieure à l’engagement est purement et simplement écartée. En l’espèce, le cautionnement datait du 4 juillet 2008 et la fiche du 11 août suivant : un mois d’écart a suffi.

⚖ Cass. com., 22 janv. 2025 (n° 23-22.093) — La banque ne peut invoquer ce qu’elle savait déjà

Une caution avait omis de déclarer des cautionnements antérieurs. La Cour de cassation a pourtant reproché à la banque de ne pas les avoir pris en compte, car ils avaient été souscrits au profit d’établissements de son propre groupe. Tout ce que le banquier détient par ses propres relations — comptes, autres engagements — lui est opposable.

Une fiche trop ancienne ne peut être opposée telle quelle : les juges doivent confronter ces informations potentiellement obsolètes aux autres pièces du dossier (Cass. com., 30 août 2023, n° 21-20.222, F-B). Une anomalie apparente oblige la banque à vérifier : absence de signature, incomplétude, incohérence interne, situation complexe en suspens (indivision, usufruit).

→ Réflexe déterminant : réclamez à la banque la production de la fiche patrimoniale et de tout élément prouvant la date à laquelle elle lui a été remise. C’est sur ce terrain que se gagne aujourd’hui la majorité des dossiers de disproportion.

Vous êtes assigné par la banque en qualité de caution ? Maître Joan Dray analyse votre acte et vos chances de défense à Paris et dans toute la France. Cabinet : 76-78 rue Saint-Lazare, 75009 Paris — Tél. : +33(0)6 50 13 09 65

Moyen 2 — Le dépassement du plafond de votre engagement

Moyen simple, immédiatement rentable, et pourtant rarement soulevé : la somme réclamée est-elle conforme au plafond figurant dans votre acte ? Le cautionnement ne se présume pas et ne peut être étendu au-delà des limites dans lesquelles il a été contracté.

⚖ Cass. com., 18 déc. 2024 (n° 22-13.721, FS-B) — Condamnation réduite d’office

La Cour de cassation a cassé une condamnation prononcée à hauteur de 144 444,79 € alors que l’engagement était plafonné à 120 000 €, et a statué au fond sans renvoi (C.civ., art. 2292 anc., devenu 2294).

Prenez le décompte de la banque et confrontez-le ligne à ligne au plafond contractuel, intérêts et accessoires compris. C’est une vérification de quelques minutes à ne jamais omettre.

Moyen 3 — Le défaut de mise en garde de la banque

Ce moyen n’aboutit pas à la libération, mais à des dommages-intérêts qui viennent en compensation de votre dette. Il ne faut surtout pas le confondre avec la disproportion : ce sont deux règles distinctes, et les invoquer l’une pour l’autre conduit au rejet.

La condition préalable : ne pas avoir été une caution avertie

La caution avertie ne peut pas s’en prévaloir (Cass. com., 8 oct. 2002, n° 99-18.619 ; Cass. com., 9 nov. 2022, n° 20-18.264). Sera tenue pour avertie la caution qui gérait plusieurs SCI, avait une solide expérience de la gestion de sociétés, avait déjà souscrit des engagements bancaires comme dirigeant ou comme caution, et dont l’opération garantie ne présentait pas de complexité particulière (CA Angers, 10 mars 2026, n° 22/00749).

Un champ limité et une prescription courant à compter de la mise en demeure

L’obligation de mise en garde porte uniquement sur l’inadaptation du prêt aux capacités financières et sur le risque d’endettement, jamais sur l’opportunité ou la faisabilité de l’opération financée (Cass. com., 11 déc. 2024, n° 23-15.744, F-B).

⚖ Cass. com., 18 déc. 2024 (n° 22-13.721) ; Cass. com., 8 avr. 2021 (n° 19-12.741) — Point de départ de la prescription

Le délai de cinq ans ne court pas de la signature de l’acte, mais du jour où la caution a su que son engagement allait être mis à exécution du fait de la défaillance du débiteur — le plus souvent la date de la mise en demeure, parfois celle du premier acte d’exécution. Les décisions du fond qui retiennent la date de signature sont systématiquement censurées.

Deux points à connaître. Le défaut de réception effective d’une lettre recommandée n’affecte pas sa validité (Cass. com., 18 déc. 2024, préc.). Et l’indemnisation est plafonnée : elle ne peut correspondre à la dette entière, mais seulement à ce qui excède les biens que vous pouviez proposer en garantie (Cass. 1re civ., 9 juill. 2003, n° 01-14.082).

Moyen 4 — L’irrégularité formelle de l’acte

Mention manuscrite, remise d’un exemplaire, respect des formulations imposées : le formalisme du cautionnement est exigeant, et son inobservation peut entraîner la nullité de l’engagement. Les textes applicables sont les anciens articles L.331-1 et suivants du Code de la consommation pour les actes antérieurs à 2022, et l’article 2297 du Code civil pour les actes postérieurs. C’est une vérification de quelques minutes à ne jamais omettre.

Moyen 5 — Le défaut d’information annuelle

La banque doit vous informer chaque année du montant restant dû et de son droit de renonciation (art. 2302 du Code civil). À défaut, elle est déchue des intérêts et pénalités échus depuis la précédente information. Sur un engagement ancien, ce moyen réduit parfois la créance de plusieurs dizaines de milliers d’euros, sans qu’il soit nécessaire de démontrer quoi que ce soit d’autre que l’absence des courriers.

Moyen 6 — L’invalidité ou l’indétermination de la dette garantie

Le cautionnement ne peut exister que pour une obligation valable (art. 2289 du Code civil). En pratique, la contestation prospère difficilement lorsque l’acte vise le paiement de toutes sommes dues ou à devoir, les dettes étant alors jugées déterminables (CA Nîmes, 16 mai 2025, n° 23/01187). Mais le point mérite un examen systématique, notamment lorsque l’acte de cautionnement est distinct du contrat garanti.

Moyen 7 — L’immixtion fautive de la banque

Le moyen existe (art. L.650-1 du Code de commerce) mais il est exigeant : le seul fait pour la banque d’avoir refusé un crédit suffisant ne caractérise pas une immixtion fautive, et le jugement qui avait annulé des cautionnements sur ce fondement a été infirmé (CA Riom, 3 avr. 2024, n° 23/00317). À réserver aux dossiers où l’ingérence dans la gestion est documentée.

Le calendrier : ce qui décide de tout

C’est ici que se perdent le plus grand nombre de dossiers, et cela n’a rien à voir avec le fond.

⚠ Ne prenez jamais l’initiative du procès. Pour les engagements antérieurs à 2022, la caution ne peut pas, avant d’avoir été appelée, agir à titre principal pour faire déchoir la banque du droit de se prévaloir du cautionnement : son action est irrecevable (Cass. com., 18 déc. 2024, n° 22-13.721, FS-B). La caution qui assigne sa banque pour faire constater la disproportion perd son procès sans que le fond soit examiné.

⚖ Cass. com., 8 avr. 2021 (n° 19-12.741) — Imprescriptibilité du moyen en défense

En défense, le moyen de disproportion est imprescriptible. Opposée pour contester le titre exécutoire de la banque ou s’opposer à un commandement de saisie, la disproportion peut être invoquée sans limite de temps, fût-ce quinze ans après la signature.

La bonne stratégie est d’attendre l’assignation en paiement ou la première mesure d’exécution, et d’opposer alors la disproportion. En parallèle, il faut vérifier si l’action indemnitaire pour défaut de mise en garde est encore ouverte, puisque celle-ci, elle, se prescrit.

La réserve pour les engagements postérieurs à 2022

Cette solution repose entièrement sur l’exception de retour à meilleure fortune que l’article 2300 du Code civil a supprimée. La doctrine majoritaire en déduit que l’action préventive redeviendrait ouverte pour les cautionnements signés depuis le 1er janvier 2022. La Cour de cassation ne s’est pas encore prononcée : la prudence reste de mise.

Les pièces à réunir sans attendre

Neuf documents sont indispensables pour construire une défense solide et éviter les pièges procéduraux.

✓  L’acte de cautionnement complet, avec ses conditions générales et le plafond souscrit.

✓  La fiche de renseignements patrimoniaux et tout élément prouvant sa date de remise à la banque.

✓  Vos avis d’imposition et bulletins de salaire de l’année de la signature.

✓  Vos relevés d’épargne, contrats d’assurance-vie et de capitalisation à cette même date.

✓  Vos actes notariés et les tableaux d’amortissement des crédits alors en cours.

✓  La liste exhaustive de tous les cautionnements que vous aviez déjà souscrits.

✓  La mise en demeure et son enveloppe, ainsi que tous les courriers annuels reçus de la banque — ou la preuve de leur absence.

✓  Le décompte de créance actualisé produit par la banque.

✓  Une reconstitution de votre patrimoine net au jour de la signature : actif net de toutes les dettes, cautionnements existants inclus.

⚠ Trois réflexes immédiats : ne rien payer et ne signer aucun échéancier avant analyse, car un versement même partiel peut valoir reconnaissance de dette ; ne rien reconnaître par écrit ; et surveiller les délais de contestation des mesures d’exécution, souvent d’un mois et jamais relevables.

Caution assignée : une situation technique, pas désespérée

Le contentieux du cautionnement se joue sur des dates et sur des pièces bien plus que sur des plaidoiries. La date de la signature détermine le régime applicable et la sanction encourue ; la date de la fiche patrimoniale décide de sa valeur probante ; la date de la mise en demeure fait courir la prescription de l’action en responsabilité ; et le moment auquel le moyen est soulevé conditionne sa recevabilité même.

Une caution assignée n’est jamais dans une situation désespérée. Elle est dans une situation technique, qui suppose d’être examinée tôt et défendue dans le bon ordre. Maître Joan Dray accompagne les cautions personnes physiques poursuivies par les établissements de crédit à Paris et dans toute la France : analyse préalable de l’acte et des chances de succès, défense devant le tribunal de commerce et le tribunal judiciaire, contestation des saisies devant le juge de l’exécution, action en responsabilité contre la banque, négociation de protocoles transactionnels. Contactez dès maintenant Maître Joan Dray.

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Sources et références

Code civil, art. 2289 — Le cautionnement suppose une obligation valable

Code civil, art. 2292 (anc.) et 2294 — Le cautionnement ne s’étend pas au-delà de ses limites

Code civil, art. 2297 — Formalisme de l’acte de cautionnement (post-2022)

Code civil, art. 2299 — Obligation de mise en garde (post-2022)

Code civil, art. 2300 — Disproportion, sanction et suppression de l’exception de retour à meilleure fortune (post-2022)

Code civil, art. 2302 — Information annuelle de la caution

Code de commerce, art. L.332-1 et L.343-4 (ex-art. L.341-4 C. consom.) — Disproportion, régime antérieur à 2022

Code de commerce, art. L.650-1 — Immixtion fautive de la banque

Cass. com., 12 févr. 2025, n° 23-14.487 (F-B) — Association sans but lucratif = créancier professionnel

Cass. com., 22 janv. 2025, n° 23-22.093 — La banque ne peut invoquer ce qu’elle savait déjà

Cass. com., 18 déc. 2024, n° 22-13.721 (FS-B) — Irrecevabilité de l’action préventive ; dépassement de plafond

Cass. com., 11 déc. 2024, n° 23-15.744 (F-B) — Parts sociales dans l’assiette ; champ de la mise en garde

Cass. com., 5 nov. 2025, n° 24-16.389 (F-B) — Capital retraite art. 83 CGI retenu

Cass. com., 13 mars 2024, n° 22-19.900 (F-B) — Fiche postérieure à la signature écartée

Cass. com., 30 août 2023, n° 21-20.222 (F-B) — Fiche trop ancienne confronter aux autres pièces

Cass. com., 8 avr. 2021, n° 19-12.741 — Imprescriptibilité du moyen de disproportion en défense

CA Angers, 10 mars 2026, n° 22/00749 — Critères de la caution avertie ; valeur nette du patrimoine

CA Nîmes, 16 mai 2025, n° 23/01187 — Det tes déterminables et preuve de la disproportion

CA Riom, 3 avr. 2024, n° 23/00317 — Retour à meilleure fortune ; immixtion fautive écartée